Nom de code : Omaha Beach
- Werly Patricia
- 22 déc. 2021
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 févr. 2022

Lorsque j’étais enfant et que j’entendais parfois les adultes prononcer le nom d’« Omaha Beach », je n’imaginais pas une seule seconde que la consonance anglo-saxone du nom indiquait un endroit dans le pays voisin. Tout portait à croire qu’il s’agissait d’une région lointaine, obligatoirement distante de notre vieille Europe. Je compris bien plus tard que cette plage avait été le décor d’un triste événement historique : le débarquement du 6 juin 1944 lors de la bataille de Normandie pendant la seconde guerre mondiale. Le lieu est tristement célèbre puisque c’est l’emplacement où les Alliés perdirent le plus de troupes, d’où le surnom de « Bloody Omaha » (Omaha la sanglante).
Arrivée sur le lieu, je suis surprise d’entendre des klaxons de jeeps. Ces véhicules d’un autre temps sont conduits par des chauffeurs en uniforme de soldat. De joyeux touristes sont installés à l’arrière de ces quatre-quatre. On se croirait dans une sorte de parc d’attractions avec connotation historique, musique d’époque comprise … Je visite le cimetière et me rends compte de l’ampleur du drame en examinant les innombrables croix alignées symétriquement. Sur chaque croix est inscrit : un nom, un matricule militaire, un lieu d’origine. Il y en a de partout : Pennsylvanie, Kansas, Alabama … Une véritable carte géographique derrière laquelle se cache des victimes si jeunes. Des destins brisés et des familles endeuillées. Un peu plus loin, je découvre le bleu turquoise de la Manche. Je me dis que les victimes reposent dans un endroit magnifique, maigre consolation pour des vies bousillées. Je décide de m’aventurer sur la plage. Les différentes couches de couleurs m’émerveillent : le bleu du ciel est bien délimité avec le bleu turquoise de la mer, le sable fin ajoute une belle démarcation avec le vert des arbres. Au-delà du magnifique paysage qui s’offre à moi, je suis fascinée par la quiétude du coin. La plage est restée intacte. Il n’y a pas de « baraque à frites », pas d’engin nautique bruyant, pas d’installation sportive, pas de bruit et quasiment personne. Pas même un enfant qui pourrait jouer à faire des châteaux de sable. Pourtant, rien ne l’interdit. Ce qui est assez déconcertant, c’est que l’on sent le poids de l’histoire. On dirait que personne n’ose prendre possession des terres. On observe, on se promène, mais on ne s’éternise pas. Comme si on n’osait pas s’adonner au plaisir de la baignade par respect pour ceux qui ont péri ici, à moins que ce soit la peur de tomber sur des obus oubliés, déposés par la marée… RIP.
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